L’analyse d’enfants aujourd’hui

Depuis bientôt 100 ans, les idées de Melanie Klein ont fourni un terrain fertile aux cliniciens et aux professionnels, en approfondissant notre compréhension des mondes émotionnels des enfants. Des théoriciens tels que Donald Winnicott, Wilfred Bion et Edna O’Shaughnessy ont apporté un éclairage supplémentaire sur les dynamiques psychologiques complexes qui interviennent dans la relation entre les bébés et les personnes qui s’occupent d’eux. Aujourd’hui, les cliniciens continuent à utiliser et à développer ces théories dans un large éventail de contextes, par le biais d’un travail thérapeutique et de consultations avec les enfants et les familles, de la petite enfance au début de l’âge adulte.

Pour obtenir des listes de lecture (en anglais) sur chacun des sujets abordés ci-dessous, consultez la version anglaise de cette page.

L’observation du nourrisson et la formation à la psychothérapie d’enfants

Melanie Klein était fascinée par le monde émotionnel des bébés, observant de près la façon dont ils réagissent au plaisir, à la douleur et à la frustration.

« J’ai vu des bébés de pas plus de trois semaines interrompre leur tétée un petit moment pour jouer avec le sein de leur mère ou regarder son visage. J’ai aussi observé que de petits bébés – même dès le deuxième mois – qui étaient sur les genoux de leur mère dans des moments éveillés après la tétée, la regardaient, écoutaient sa voix, et y répondaient par l’expression de leur visage ; c’était comme une conversation tendre entre la mère et le bébé ».

(M. Klein, « En observant le comportement des nourrissons »

En 1948, l’analyste d’enfants Esther Bick a introduit pour la première fois les observations hebdomadaires de bébés comme un élément essentiel de la formation en psychothérapie d’enfants à la Tavistock Clinic de Londres. Depuis, la pratique de l’observation psychanalytique du nourrisson s’est rapidement développée. Elle reste un élément clé de la formation des psychothérapeutes d’enfants à la Tavistock Clinic et ailleurs, mais elle est désormais également une exigence de base dans les formations psychanalytiques pour enfants et adultes à l’Institut de psychanalyse au Royaume-Uni, et dans de nombreuses autres formations en psychothérapie d’adultes. L’observation des nourrissons est de plus en plus utilisée comme module de formation dans un large éventail de formations professionnelles au Royaume-Uni, dans certaines régions d’Europe, aux États-Unis et en Amérique du sud.

Lire l’article de Margaret Rustin qui explore l’héritage de l’observation de nourrisson d’Esther Bick à la Tavistock Clinic (en anglais).

Symptômes et diagnostics

Les patients enfants de Melanie Klein présentaient tout un éventail de difficultés psychologiques : angoisse obsessionnelle, paranoïa, agressivité, terreurs nocturnes, énurésie ou encoprésie, inhibitions des apprentissages et psychose borderline. Nombre d’entre eux recevraient probablement aujourd’hui un diagnostic pédopsychiatrique.

Aujourd’hui, les psychothérapeutes d’enfants continuent de proposer des thérapies aux enfants qui ont reçu un diagnostic, et qui, pour certains, reçoivent également des médicaments pour des affections telles que le syndrome d’Asperger, l’autisme ou le trouble déficitaire de l’attention. Parmi les jeunes patients d’aujourd’hui se trouvent également les enfants qui ont des besoins spécifiques, des difficultés d’apprentissage ou un retard de développement.

Traumatisme et adversité

Les psychothérapeutes d’enfants travaillent également de manière thérapeutique avec les enfants et les familles qui souffrent d’événements dramatiques extrêmes, notamment les séquelles d’abus sexuels, de négligence et de violence. Ils travaillent aussi avec des demandeurs d’asile mineurs non accompagnés, des réfugiés, des adolescents aux mains de gangs, des enfants pris en charge par l’État qui font l’objet de multiples placements, des adolescents qui s’automutilent, des victimes de torture ou des patients souffrant de problèmes médicaux aigus ou chroniques.

Concertation avec d’autres professionnels

Les professionnels de première ligne tels que les médecins et les infirmières, les avocats de famille, les travailleurs sociaux, les équipes s’occupant de jeunes délinquants, les enseignants ou le personnel de la petite enfance peuvent consulter des cliniciens formés à la psychanalyse (supervision de pratique) au sujet d’enfants ou de situations spécifiques. Les concepts de Melanie Klein sur l’identification projective et l’impact du transfert et du contre-transfert peuvent être particulièrement utiles pour ceux qui luttent pour comprendre le comportement inquiétant des enfants vulnérables ou traumatisés.

Comprendre l’enfance au sein de la société

Les psychothérapeutes d’enfants ont publié un grand nombre d’articles et contribué de diverses manières aux discussions contemporaines sur l’enfance et la parentalité, notamment en faisant des incursions dans le monde de la politique, de la littérature et des arts.

Articles essentiels

Liste des articles essentiels avec l’aimable autorisation du Nouveau Dictionnaire de la Pensée Kleinienne (The New Dictionary of Kleinian Thought non disponible en français) par Elizabeth Bott Spillius, Jane Milton, Penelope Garvey, Cyril Couve et Deborah Steiner.

1921 Klein, M. « Le développement d’un enfant » in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 29. [‘The development of a child‘]
Les caractéristiques du travail de Melanie Klein sont déjà apparentes dans son acceptation de la parole, du jeu, des actions et des rêves comme expressions de l’esprit inconscient de l’enfant.

1923a Klein, M. « Le rôle de l’école dans le développement libidinal de l’enfant », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 90. [‘The role of the school in the libidinal development of the child‘]
Melanie Klein observe les effets inhibiteurs des fantasmes agressifs. L’utilisation d’une technique de jeu donne plus de matériel pour l’analyse [Felix âgé de 13 ans ; Fritz 5 ans ; Grete 9 ans].

1923b Klein, M. « L’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 110. [‘Early analysis‘]
Melanie Klein évoque des questions telles l’angoisse, les inhibitions, les symptômes et la formation de symboles. Elle présente ses idées sur le complexe d’Œdipe précoce et la résolution des angoisses œdipiennes comme un facteur de développement [Felix, Fritz, Grete].

1925 Klein, M. « Contribution à l’étude de la psychogénèse des tics », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 142. [‘A contribution to the psychogenesis of tics‘]
Le tic tire son origine des angoisses masturbatoires impliquant l’identification avec les parents combinés lors des rapports sexuels, comme un facteur central dans la formation du surmoi.

1926 Klein, M. « Les principes psychologiques de l’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 166. [‘The psychological principles of early analysis’]
Le sadisme précoce, sa relation avec les premiers stades du complexe d’Œdipe et la formation du surmoi [Trude 3¼ ans ; Rita 2½ ans ; Ruth 4¼ ans].

1927a Klein, M. « Les tendances criminelles chez les enfants normaux », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 211. [‘Criminal tendencies in normal children‘]
Un surmoi cruel fonctionne différemment de la conscience plus normale. Intérêt croissant pour le conflit entre l’amour et la haine [Gerald 4 ans ; Peter 3¾ ans et un garçon de 12 ans non nommé].

1927b Klein, M. « Colloque sur l’analyse des enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 178. [‘Symposium on child analysis‘]
Melanie Klein soutient la nécessité d’interpréter dès le début le transfert positif et le transfert négatif.

1928 Klein, M. « Les stades précoces du conflit œdipien », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 229. [‘Early stages of the Oedipus complex‘]
La survenue précoce du complexe d’Œdipe à ce stade est liée au sevrage, lorsque prédominent les pulsions sadiques orales et anales. Sont mises en évidence la douleur, la haine et l’angoisse engendrées par ces pulsions.

1929a Klein, M. « La personnification dans le jeu des enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 242. [‘Personification in the play of children‘]
Les jeux des enfants tirent leur origine dans des images internes, et les processus de clivage et de projection impliqués dans le jeu servent de défenses contre l’angoisse. Ces processus impliquent le transfert de figures internes sur l’analyste [Erna 6 ans ; George 6 ans ; Rita 2½ ans].

1930 Klein, M. « L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 263. [‘The importance of symbol formation in the development of the ego‘]
Melanie Klein clarifie les causes sous-jacentes de la psychose infantile. Elle montre que le contact peut être établi avec un enfant psychotique qui n’a pas développé de capacité de symbolisation et qui n’a montré aucune émotion quelle qu’elle soit [Dick 4 ans].

1931 Klein, M. « Contribution à la théorie de l’inhibition intellectuelle », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 283. [‘A contribution to the theory of intellectual inhibition‘]
Poursuite de l’exploration des angoisses infantiles concernant les attaques sadiques sur le corps de la mère, en tant que source de vie et de connaissance, et de l’inhibition conséquente de la curiosité et des apprentissages [John 7 ans].

1932 Klein, M. « La technique de l’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘The technique of early analysis‘]
Melanie Klein décrit sa technique du jeu [Peter 3¼ ans ; Rita 2½ ans ; Trude 3¼ ans ; Ruth 4¼ ans].

1932 Klein M. « Une névrose obsessionnelle chez une fillette de six ans », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘An obsessional neurosis in a six year old girl‘]
Erna était une enfant très perturbée qui souffrait d’insomnie, de symptômes obsessionnels et d’une inhibition sévère des apprentissages [Erna].

1932 Klein, M. « La technique de l’analyse des enfants au cours de la période de latence », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘The technique of analysis in the latency period‘]
Variations de la technique de Melanie Klein avec différents enfants, par exemple l’utilisation du divan et des jouets [Grete 9 ans ; Inge 7 ans ; Kenneth 9½ ans ; Werner ; Egon 9½ ans].

1945 Klein, M. « Le complexe d’Œdipe éclairé par les angoisses précoces », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 370. [‘The Oedipus complex in the light of early anxieties‘]
Développement et modification de son élaboration antérieure sur le complexe d’Œdipe [Richard 10 ans ; Rita 2½ ans].

1955 Klein, M. « La technique de jeu psychanalytique : son histoire et sa portée », in Klein, M. Le transfert et autres écrits, Paris, PUF, 2007, p. 25. [‘The psychoanalytic play technique, its history and significance‘]
Un exposé de la découverte particulière que chaque cas d’enfant lui a permis de faire.

1961 Klein, M. Psychanalyse d’un enfant, Paris, Tchou, 1973 [Narrative of a Child Analysis].
Ce compte rendu détaillé de l’analyse de Richard, âgé de 10 ans, par Melanie Klein correspond au volume 4 des Écrits de Melanie Klein dans leur édition anglaise.

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