Photograph of Ruth Riesenberg-Malcolm

Ruth Riesenberg-Malcolm

Ruth Riesenberg-Malcolm fit partie des membres influents du groupe de psychanalystes kleiniens expérimentés qui développèrent l’application des théories de Melanie Klein et de Wilfred Bion. Enseignante très admirée au Royaume-Uni comme à l’étranger,  elle était particulièrement appréciée dans les pays hispanophones où elle pouvait enseigner dans sa langue maternelle. Elle présentait des articles lors de congrès et de colloques élaborant les concepts tels qu’ils se présentent dans la pratique clinique. Son recueil d’articles On Bearing Unbearable States of Mind [Supporter des états psychiques insupportables], introduit et commenté avec brio par Priscilla Roth, est un manuel de pratique clinique kleinienne qui illustre comment comprendre et utiliser ces théories.

Riesenberg-Malcolm est venue étudier au Royaume-Uni avec une bourse Fulbright. Ayant déjà suivi une formation psychanalytique dans son pays natal, le Chili, elle était une clinicienne expérimentée devenue très jeune directrice d’un centre psychiatrique. Elle devint rapidement analyste didacticienne de la Société de psychanalyse britannique et vécut le reste de sa vie professionnelle à Londres. Comme beaucoup d’analystes de sa génération, elle travaillait aussi bien avec  les enfants qu’avec les adultes, bien que son principal champ de travail soit celui des adultes très perturbés et borderline qu’elle décrit dans les articles qu’elle a publiés.

Le processus psychanalytique et le but de la psychanalyse

Le titre de l’ouvrage de Riesenberg-Malcolm reflète sa principale préoccupation : comment aider les patients à supporter la douleur qui, jusqu’à présent, les a empêchés de se développer. Son travail se centre sur le processus et le but de la psychanalyse plutôt que sur une idée ou un concept psychanalytique particulier. Pour y parvenir, elle mobilise une intuition, une sensibilité et une intelligence considérables, qui prennent appui sur les modes de compréhension théoriques développés par Freud et Klein. Dès ses premiers travaux, elle comprit l’importance centrale du transfert-contre-transfert comme lieu où s’effectue un travail psychique et saisit par là-même la nature de la vie psychique et des objets internes tels que les a décrits Klein. L’influence de Betty Joseph lui permit d’élargir sa compréhension aux actions psychiques qui surviennent entre le patient et l’analyste. L’éclairage d’Herbert Rosenfeld sur la nature du clivage lui fit acquérir un profond discernement sur les défenses mobilisées par le psychisme face à des angoisses intenses.

Le travail de Bion lui a été néanmoins essentiel en lui offrant les concepts nécessaires à la compréhension des processus d’identification projective comme mode de communication et des possibilités de transformation. Comme ses collègues Hanna Segal, Betty Joseph, Ron Britton, John Steiner, Michael Feldman, Irma Brenman-Pick et Edna O’Shaughnessy, elle examine attentivement les processus à l’œuvre dans la séance analytique. Elle suit l’intégralité de la manière dont le patient entre en relation avec l’analyste, de manière verbale et non-verbale, le contre-transfert de l’analyste et la manière dont les interprétations affectent le patient. Empruntant la conceptualisation bionienne du fait choisi, elle organise ce qu’elle vit avec le patient instant après instant dans la séance. Tous deux s’approchent ainsi du vécu émotionnel du patient, ce qui leur permet de formuler le sens de ce qui se passe.

L’ « ici et maintenant » du transfert

Les écrits de Riesenberg-Malcolm comportent des discussions étoffées sur la place de l’histoire et de la reconstruction en psychanalyse et sur la manière dont celles-ci doivent être comprises dans l’« ici et maintenant » du transfert. Il s’agit d’un point important pour elle, ce qui ne l’empêche pas d’avoir conscience de l’importance de la compréhension de la genèse des relations d’objets internes du patient qui sont manifestes dans la séance et de proposer au patient une continuité pertinente avec les vécus précoces de ces objets. Elle soutenait également la conceptualisation de John Steiner du retrait psychique comme défense contre les angoisses liées à la croissance et à l’intégration.

La technique clinique

Toutefois si l’on envisage l’œuvre de Riesenberg-Malcolm dans son ensemble, son principal apport tient à sa compréhension de la technique clinique, ce que montre si bien son article ‘The Three W’s, what, where and when, the rationale of interpretation’ [Les trois questions : quoi ? où et quand ? La logique de l’interprétation]. Après une discussion clinique, elle demandait fréquemment, « Et que diriez-vous au patient ? ». Cette question résume à la fois son approche et sa compréhension. Pour elle, ce n’est que dans l’instant de la séance et dans l’acte d’interprétation que l’analyste s’engage pleinement à essayer d’entrer en contact avec le patient.

Supporter l’insupportable

Tous les articles de Riesenberg-Malcolm contiennent des récits détaillés et éclairants de séances cliniques. Elle donne vie à la séance et au patient, y ajoutant son intuition, son contre-transfert et ses pensées, ce qu’elle dit et ce qu’elle ne dit pas. On peut observer tant le processus de transformation que les limites de l’analyse. Partant de là, elle montre aussi comment peut se développer une théorie qui soit une vérité clinique et non un pseudo-fait ou une pseudo-rationalisation. Comme elle le pointe, cela implique fréquemment que l’analyste supporte ce qui est insupportable pour le patient. Pour Riesenberg-Malcolm, la théorie naît de la pratique clinique et permet un travail plus en profondeur qui offre à son tour une base pour de nouvelles conceptualisations.

Michael Mercer, 2012


Principales publications

1999 Riesenberg-Malcolm, R. On Bearing Unbearable States of Mind [Supporter des états psychiques insupportables]. Routledge.