Photograph of psychoanalyst Michael Feldman

Michael Feldman

Michael Feldman a apporté quelques contributions notables à la théorie psychanalytique, mais il est surtout connu pour son intuition clinique incisive et sensible. Reconnaissant l’influence notamment de Betty Joseph, Herbert Rosenfeld et Hanna Segal et s’inspirant des intuitions cliniques de Bion aussi bien que de ses contemporains kleiniens Ron Britton et John Steiner, il a développé un style de travail qui s’attache spécifiquement à éprouver ce qui se vit dans la séance, en suivant minute après minute l’interaction entre le patient et l’analyste.

Né en Afrique du Sud, Michael Feldman a étudié la médecine et la psychologie. Il a été psychothérapeute consultant au Maudsley Hospital de Londres jusqu’en 1998. Il est analyste didacticien de la Société de psychanalyse britannique.

Ses collègues, qui le connaissent en tant qu’enseignant et superviseur, apprécient Feldman pour sa modestie, sa chaleur humaine et son humour, qui vont de pair avec une certaine dose de conviction qui sous-tend, voire même sert d’ancrage à son désir de cultiver le doute.

Le contre-transfert de l’analyste

Feldman s’intéresse tout particulièrement au contre-transfert de l’analyste, comme l’indique le titre de son livre Doubt, Conviction and the Analytic Process [Doute, conviction et processus analytique], qui est une sélection d’articles publiée en 2009. Il y consacre une attention soutenue et minutieuse  dans plusieurs articles. Prenant appui sur le travail de Betty Joseph, Feldman propose également une vision plus large et plus profonde du transfert qu’il comprend comme étant bien davantage que la reviviscence d’une expérience antérieure ou la projection dans l’analyste d’aspects des premiers objets internes ou des premières relations d’objet.

Interaction et implication

A chaque séance, la rencontre entre le patient et l’analyste est conçue comme l’impact, pour ainsi dire instantané, de fantasmes, de désirs et de peurs qui plantent le décor pour les événements qui vont se déployer dans la séance. Cette rencontre, dit Feldman, est la « tempête émotionnelle » à laquelle se réfère Bion dans son article de 1979 ‘Making the best of a bad job’ [Tirer le meilleur parti d’une sale affaire] (1) Bion écrit: « On ne sait pas tout de suite en quoi consiste cette tempête émotionnelle, mais le problème est de savoir comment en tirer le meilleur parti. » Dans son article personnel intitulé ‘I was thinking…’ [Je pensais…], Feldman parle des « efforts du patient pour faire face à des émotions intenses et souvent très primitives provoquées par le contact immédiat avec l’analyste. » De son côté, l’analyste doit faire face aux « fantasmes intenses et troublants que suscitent en lui les projections du patient. » Il pense que l’analyste, pour des raisons qui lui appartiennent, peut entrer en collusion avec les efforts du patient pour éviter tout contact avec ces expériences troublantes.

Dans son article ‘Projective identification: the analyst’s involvement’ [Identification projective : l’implication de l’analyste], Feldman examine « la nature de l’implication de l’analyste que le patient semble solliciter comme complément essentiel de son usage défensif de l’identification projective. » Il croit ainsi que l’analyste fait une erreur lorsqu’il s’efforce d’adopter le rôle d’un « observateur dépassionné » du système défensif du patient. En fait, c’est impossible : implication, et donc mises en acte, sont inévitables. La tâche de l’analyste consiste à sentir et à élucider autant qu’il le peut, les processus interactifs en jeu à ce moment précis.

La flexibilité de l’attention

L’examen de l’interaction analytique est toujours au centre de l’intérêt de Michael Feldman. En discutant du travail clinique  avec ses collègues, il attache une importance tout particulière à l’introspection sensible et franche du contre-transfert. De ce fait il ne recherche pas nécessairement l’interprétation « correcte ». Je crois qu’il pense que cette recherche est susceptible de fermer l’esprit de l’analyste à l’expérience créative de l’instant. Il est davantage concerné par l’idée d’encourager la flexibilité de l’attention de l’analyste à l’évolution des phénomènes transféro-contre-transférentiels à chaque moment de la séance.

Une expérience contre-transférentielle familière à tous les analystes est celle du doute, dont les complexités sont particulièrement intéressantes, comme le révèle le titre de son livre. Là encore Michael Feldman s’intéresse moins au fait de savoir si le sentiment de conviction de l’analyste en sa compréhension est bien fondé ou si son sentiment de doute ou de confusion est justifié. Ce que veut explorer là Michael Feldman, c’est le danger de rigidifier ce qui doit, insiste-t-il, rester fluide. Il écrit:

« Ce que j’affirme, c’est que, si les analystes pensent être arrivés à un endroit particulier, qui se reflète par exemple dans la notion de tenir un « fait choisi » (2) cela peut devenir en soi une idée surévaluée, plutôt qu’une manière utile d’organiser et d’intégrer leurs observations et leurs expériences à ce moment-là. A l’inverse, s’il peut être utile de reconnaître un état de doute, si l’on s’empare de la formulation qui naît de cette reconnaissance et qu’on la traite comme un fait, un état mental défini et donc statique, la flexibilité et l’ouverture de l’analyste s’en trouvent alors réduites. »

La dynamique de la relation patient – analyste

Poursuivant cette idée, il attache de l’importance à l’effet de la formulation d’une interprétation non seulement sur le patient, mais aussi sur l’analyste. L’effet sur les deux protagonistes est susceptible de susciter « un important mouvement dynamique, une modification de l’image introjectée de l’analyste et de la relation avec lui. » « Il y a un risque, dit-il, que l’analyste continue à essayer de rester en contact avec le patient qui était présent à un moment antérieur et avec l’analyste présent à un moment antérieur. » Il cite Héraclite: « Aucun homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Car ce n’est pas le même fleuve, ni le même homme. »

Jill Boswell, 2012


Principales publications

2009 Feldman, M. Doubt, Conviction and the Analytic Process [Doute, conviction et processus analytique]. Routledge.

References

1) Bion, F. (ed.) 1987. Clinical Seminars and Four Papers, Abingdon: Fleetwood Press. ; Tirer le meilleur parti d’une sale affaire. In Le mouvement psychanalytique, vol  4 n° 1, 2002, p. 136.

2) Britton, R. and Steiner, J. 1994. ‘Interpretation: Selected fact or overvalued idea? [L’interprétation : fait choisi ou idée surévaluée ?]’ International Journal of Psychoanalysis. 75: 1069-1078.