Photograph of psychoanalyst Herbert Rosenfeld

Herbert Rosenfeld

S’inspirant des riches leçons tirées de son expérience du traitement de patients schizophrènes, Herbert Rosenfeld (1910-1986) introduisit, aux côtés d’Hanna Segal et de Wilfred Bion, plusieurs innovations post-kleiniennes dans ses contributions cliniques et théoriques. Il a décrit des processus pathologiques qui apparaissent précocement dans la position schizo-paranoïde et peuvent entraver gravement le développement ultérieur du moi. Ceux-ci éclairent également les états d’esprit schizoïdes qu’on retrouve chez les patients borderline et névrosés.

Rosenfeld était connu pour sa capacité unique à se mettre de manière imaginative dans la peau de ses patients et à comprendre leur expérience de leur point de vue.

Né à Nuremberg, Rosenfeld se rendit en Angleterre pour échapper à la persécution nazie en 1935. Il commença son analyse avec Klein et fut qualifié à l’Institute of Psychoanalysis [Institut de psychanalyse] en 1945.

États de dépersonnalisation et de confusion

Rosenfeld (1947) a ouvert une nouvelle voie en montrant à quel point le clivage excessif et l’identification projective de parties du soi dans les objets sous-tendaient la fragmentation du moi de ses patient et de leurs états de dépersonnalisation.

Dans un autre de ses premiers articles (1950), Rosenfeld a décrit comment se créent des états de confusion lorsque le clivage normal et structurant entre ce qui est « bon » et ce qui est « mauvais » s’effondre. Si l’envie prédomine, des attaques destructrices sont organisées contre le « bon » objet lui-même, de sorte qu’il devient impossible de distinguer le « bon » du « mauvais », ce qui donne lieu à des états de confusion insupportables.

Le narcissisme pathologique

L’un des moyens de tenter de faire face à ces états si insupportables consiste à faire usage de l’omnipotence narcissique. La contribution la plus originale et la plus significative de Rosenfeld a été son travail sur le narcissisme pathologique dans ses deux articles classiques (1964, 1971a) qui décrivent deux aspects du narcissisme. L’un est l’émergence d’une idéalisation grandiose de soi construite sur l’appropriation projective de toutes les bonnes qualités de l’objet et l’expulsion de toutes les mauvaises parties de soi dans l’objet qui est maintenu dans cet état dévalorisé (1964). Cette « folle » idéalisation de soi est une défense contre la séparation du « bon » objet qui suscite des pulsions destructrices ingérables, comme la détérioration envieuse de la bonne mère-sein en tant que source de vie et les angoisses primitives qui en découlent, telles que la confusion, la fragmentation et la désintégration. Le narcissisme prend également la forme de l’idéalisation des « mauvaises » parties de soi, souvent représentées comme un gang mafieux, qui deviennent une source de force supérieure et se retrouvent mobilisées dans une attaque organisée contre le soi dépendant et ses relations d’objet saines (1971a). De telles organisations narcissiques créent un clivage du self et en entravent un sain développement.

L’identification projective

La compréhension de la pertinence clinique du concept d’identification projective par Rosenfeld l’a conduit, dans son article théorique classique (1971b), à décrire avec une grande clarté les différentes typologies et motivations de l’identification projective. Cet article demeure, aujourd’hui, une référence de base.

Trauma et narcissisme

Dans son dernier ouvrage, Impasse and interprétation (1987; 1990 en français), Rosenfeld a davantage insisté sur le rôle des traumatismes et des défaillances de l’environnement dans le développement des organisations narcissiques. Il s’inquiétait du fait que les patients qui avaient été privés de soins ou traumatisés dans leur enfance puissent être à nouveau traumatisés pendant leur analyse si l’analyste mettait trop l’accent sur la destructivité innée. Ses vues ultérieures ont suscité des controverses entre différents groupes analytiques de l’Institut de psychanalyse. Mais son livre demeure un avertissement essentiel aux analystes – quelle que soient leurs positions dans ces controverses – d’écouter attentivement les réponses des patients à leurs interventions, afin de reconnaître leurs possibles erreurs et autres attitudes inutiles dans leur positionnement analytique.

Cyril Couve, 2012


Principales publications

1947 Rosenfeld, H. ‘Analysis of a schizophrenic state with depersonalisation‘, International Journal of Psychoanalysis. 28: 130-139; republished in Psychotic States. Hogarth Press (1965). Analyse d’un état schizophrène avec dépersonnalisation, In États psychotiques : Essais psychanalytiques, Paris, PUF (1976).

1950 Rosenfeld, H. ‘Note on the psychopathology of confusional states in chronic schizophrenia‘, International Journal of Psychoanalysis. 31: 132-137; republished in Psychotic States. Hogarth Press (1965). Note sur la psychopathologie des états confusionnels dans la schizophrénie chronique, In États psychotiques : Essais psychanalytiques, Paris, PUF (1976).

1964 Rosenfeld, H. ‘On the psychopathology of narcissism: A clinical approach‘, International Journal of Psychoanalysis. 45: 332-337; republished in Psychotic States. Hogarth Press (1965). Sur la psychopathologie du narcissisme : une approche clinique, In États psychotiques : Essais psychanalytiques, Paris, PUF (1976).

1971a Rosenfeld, H. ‘A clinical approach to the psycho-analytical theory of the life and death instincts: An investigation into the aggressive aspects of narcissism‘, International Journal of Psychoanalysis. 52: 169-178; Republished in E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. [Melanie Klein aujourd’hui, Vol. 1.], Routledge (1988). Les aspects agressifs du narcissisme. Un abord clinique de la théorie des instincts de vie et de mort. In Narcisses, Paris, Folio (1976).

1971b Rosenfeld, H. ‘Contribution to the psychopathology of psychotic states: The importance of projective identification in the ego structure and the object relations of the psychotic patient‘ [Contribution à la psychopathologie des états psychotiques : l’importance de l’identification projective dans la structure du moi et les relations d’objets du patient psychotique], in P. Doucet and C. Laurin (eds.) Problems of Psychosis. [Problèmatiques de la psychose] Amsterdam: Excerpta Medica. Republished in E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. [Melanie Klein aujourd’hui, Vol. 1.], Routledge (1988).

1987 Rosenfeld, H. Impasse and Interpretation. Tavistock. Impasse et interprétation, Paris : PUF, (1990).