Photograph of Henri Rey

Henri Rey

Henri Rey est né en 1912 à l’île Maurice, d’ancêtres français. Au fil de ses 32 ans de carrière à l’hôpital Maudsley, il a profondément influencé les générations de jeunes psychiatres formés sous sa direction. Bien qu’il ait été en quelque sorte une anomalie dans une institution souvent hostile aux idées psychanalytiques, il a aidé les internes en psychiatrie à comprendre les phénomènes déroutants et dérangeants qu’ils rencontraient dans le travail avec des patients borderline et psychotiques. Le recours aux idées psychanalytiques les aidait à trouver un sens à beaucoup de choses qui auraient été, sinon, incompréhensibles. Il portait une affection particulière à l’hôpital Maudsley qu’il appelait « la mère de brique ». Il percevait l’importance de l’hôpital qui offrait aux patients redoutant l’effondrement un espace de sécurité ainsi qu’une continuité et une stabilité. Il a pris sa retraite en 1977 à l’Île de Ré dans l’ouest de la France où il a mené une vie active jusqu’à sa mort en 2000.

Malgré son exubérance française, Henri Rey était un homme timide et il n’a fait aucune conférence à la Société psychanalytique jusqu’à sa retraite. Il a néanmoins été fortement influencé par son analyse avec Herbert Rosenfeld et sa supervision avec Joan Riviere. Ses idées ne sont pas aussi connues qu’elles devraient l’être et son ouvrage majeur, Universals of Psychoanalysis in the Treatment of Psychotic and Borderline States [Universaux de psychanalyse dans le traitement des états psychotiques et borderline] n’a été publié qu’en 1994 et n’a pas encore été pleinement assimilé par les psychiatres et psychanalystes.

Un modèle spatial de l’esprit

La reconnaissance du fait que l’esprit est conceptualisé spatialement est au cœur de ce livre et de son approche de base des patients. Il décrit comment de nombreux patients se sentent poussés prématurément hors de l’espace maternel, avant d’être prêts à affronter les réalités de la vie. Les soins maternels créent souvent un espace intermédiaire qu’il appelle l’espace marsupial, car il fonctionne comme la poche d’un kangourou, offrant la possibilité de quelques excursions à l’extérieur, tout en pouvant accéder à la protection maternelle.

De nombreux patients perturbés sont incapables de trouver une zone de sécurité parce que, lorsqu’ils sont trop près de leurs objets, ils se sentent piégés et développent une réaction claustrophobique, tandis que, lorsqu’ils tentent de s’échapper, ils deviennent agoraphobes, terrifiés par les espaces vides qui les menacent de désintégration. Rey a formulé cela en termes de ce qu’il a appelé un « dilemme claustro-agoraphobique » dans lequel le patient ne peut trouver de sécurité ni avec ses objets ni loin d’eux.

Phénomènes borderline

Rey avait une compréhension particulièrement profonde des états borderline. Il comprenait ce terme comme désignant, non seulement une catégorie diagnostique de patients, mais aussi une métaphore décrivant la façon dont ces patients structurent leur espace mental et la position qu’ils occupent dans celui-ci. Il a mis en évidence le fait que les patients borderline trouvent les choix si difficiles qu’ils choisissent un espace situé entre deux alternatives, en particulier lorsqu’il s’agit de questions d’identité. Le patient borderline ne se sent ni complètement homme ni femme, ni grand ni petit, ni dedans ni dehors, mais à la limite entre ces états.

Endo-squelettes et exo-squelettes

Rey fait la distinction entre les sources internes et externes de l’identité. L’agoraphobie mène à la recherche d’un objet à l’intérieur duquel résider et se sentir en sécurité, dans ce que Rey décrit comme un exosquelette. Ici, comme un crabe ou un mollusque, le patient s’entoure d’une structure externe, mais cette sécurité dépend bien sûr de la disponibilité continue de l’objet externe. Rey a fait valoir qu’une véritable sécurité exige une internalisation de la structure, créant ainsi un endo-squelette ou une colonne vertébrale. Cela signifie que le patient doit en quelque sorte trouver la confiance nécessaire pour sortir de l’espace maternel et aborder l’objet à partir d’une position séparée afin d’être capable d’absorber quelque chose à l’intérieur de lui-même et de créer ainsi un endo-squelette.

Réparation

L’article de Rey sur la réparation est un classique. Il décrit à quel point ce concept est central dans le processus d’élaboration de la perte et du désespoir. Avec la prise de conscience de l’importance de la fonction symbolique, Rey pouvait aborder les problèmes auxquels est confronté un patient qui est incapable de symboliser correctement. Il a été frappé ici par l’échec de la réparation chez ces patients. Du fait de leur pensée concrète, ils vivent les dommages infligés à leurs objets de manière réelle et factuelle. Par conséquent, la réparation qu’exige l’objet endommagé est également réelle et factuelle. Une telle réparation concrète dépasse en général les moyens de n’importe quel individu et Rey montre qu’il s’agit là d’un des facteurs qui encouragent la toute-puissance et le virage vers une pseudo-réparation maniaque. La compréhension de ces échecs de la réparation rendit Rey extrêmement attentif aux attentes spécifiques de ses patients par rapport à leur traitement. Il put ainsi découvrir que c’était souvent la réparation d’un objet qu’ils avaient endommagé ou cru endommager qui motivait en premier lieu leur analyse. Ce n’est qu’une fois qu’on s’était occupé de l’objet qu’ils pouvaient demander quelque chose pour eux-mêmes.

Fonction symbolique

Rey s’est particulièrement intéressé à la manière dont une représentation mentale concrète est transformée en représentation symbolique. Comme beaucoup de ses contemporains, il a souligné le lien avec la mort, le deuil et la perte. Ce n’est que lorsque l’objet est abandonné et pleuré qu’il peut être intériorisé dans un état transformé. Pour illustrer ce processus, il avait l’habitude de citer par cœur ce beau poème de Paul Valery, Le Cimetière Marin, qui illustre si bien la transformation :

Comme le fruit se fond

            en jouissance

Comme en délice il

            change son absence

Dans une bouche où sa

            forme se meurt

John Steiner, 2012


Principales publications

1975 Rey J. H. ‘Liberté et processus de pensée psychotique‘, La Vie Medicale au Canada Francais. 4, 1046-1060.

1976(?) Rey J. H. ‘Feminite,sexualite et espace interieur‘. Manuscrit non publié.

1979 Rey J. H. ‘Schizoid phenomena in the borderline patient‘ [Phénomènes schizoïdes chez le patient borderline], Le Boit J. and Capponi A. (eds.) Advances in the Psychotherapy of the Borderline[Avancées dans la psychothérapie des patients borderline]. Jason Aronson: New York.

1986 Rey J. H. ‘The schizoid mode of being and the space-time continuum (Beyond metaphor)‘ [Le mode d’être schizoïde et le continuum espace-temps (au-delà de la métaphore)], Journal of the Melanie Klein Society. 4, 12-52.

1986 Rey J. H. ‘Psycholinguistics, object relations and the therapeutic process‘ [La psycholinguistique, les relations d’objets et le processus thérapeutique], Journal of the Melanie Klein Society. 4, 5-35.

1986 Rey J. H. ‘Reparation‘ [La réparation], Journal of the Melanie Klein Society. 4, 5-35.

1988 Rey, J. H. ‘That which Patients Bring to Analysis‘ [Ce que les patients amènent en analyse], International Journal of Psychoanalysis. 69:457-470.

1994 Rey, J. H. Universals of Psychoanalysis in the Treatment of Psychotic and Borderline States. Free Association Books. Universaux de psychanalyse dans le traitement des états psychotiques et borderline, Larmor-Plage, Éditions du Hublot, 2000.