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Hans Thorner

Biographie et activité professionnelle

Né à Meissen en Allemagne en 1905, le docteur Hans Thorner a fait des études de médecine et s’est spécialisé en neurologie et en psychiatrie. La persécution nazie des Juifs l’a contraint de quitter l’Allemagne après avoir perdu son poste de neurologue à Berlin. Il arriva à Londres en 1933. Après une première analyse avec Frieda Fromm Reichmann à Berlin, il poursuivit sa formation au sein de la Société de psychanalyse britannique dont il devint membre en 1938. A Londres, il fit une analyse avec Melanie Klein, puis avec Wilfred Bion.

Il travailla comme médecin généraliste dans un village de la banlieue de Londres, puis, de 1942 à 1946, au Shenley Hospital en tant que major de l’armée britannique traitant des patients atteints de psychonévroses. Il travailla ensuite au Cassel Hospital avant de s’installer en libéral à plein temps comme analyste didacticien et superviseur. Après la guerre, il se rendit fréquemment en Allemagne et au Brésil pour donner des conférences sur la psychanalyse et faire des supervisions. C’était un enseignant réputé pour la simplicité avec laquelle il savait transmettre des notions psychanalytiques complexes, en faisant souvent référence à la littérature classique, à la Bible et à la mythologie grecque.

Hans Thorner a écrit de nombreux articles, dont un certain nombre ont été présentés à la Société de psychanalyse britannique entre la fin des années 1930 et le milieu des années 1980, et d’autres  publiés en Grande-Bretagne et/ou en Allemagne. Nous en présentons certains de manière plus détaillée ci-dessous. Hans Thorner a aussi révisé la traduction originale de l’ouvrage de Melanie Klein, The Psychoanalysis of Children [La psychanalyse des enfants] (1975) en collaboration avec Alix Strachey.

A sa retraite, le Dr Hans Thorner s’est installé avec sa femme aux Etats-Unis où ils ont rejoint leurs enfants. Il y est décédé en 1991.

Comprendre la persécution interne

Dans son article princeps ‘Three defences against inner persecution – examination anxiety, depersonalization and hypochondria’ [Trois défenses contre la persécution interne : l’angoisse des examens, la dépersonnalisation et l’hypocondrie] (1955), Thorner suggère de différencier trois groupes de patients. Dans le premier groupe, les persécuteurs internes sont projetés à l’extérieur et alors vécus comme un danger extérieur. Ces patients utilisent les situations d’examen pour réduire leur angoisse en externalisant le danger interne, circonscrivant ainsi un danger universel (génital) à une situation spécifique. Dans le second groupe, l’externalisation est complexifiée par le clivage du moi et par un processus d’identification projective qui laisse le moi du patient appauvri. Lorsque le patient s’efforce d’externaliser le danger en projetant l’objet interne persécuteur sans parvenir à trancher le lien intime entre l’objet interne persécuteur et son moi, il ne perd pas le sentiment d’une persécution interne. Le persécuteur demeure attaché à la plus grande part de son moi, ce qui génère un sentiment d’irréalité qui se manifeste soit par une dépersonnalisation (le sentiment que le moi a changé) soit par une déréalisation (le sentiment que le monde a changé) ou les deux. Dans le troisième groupe, Thorner examine l’hypocondrie, dans laquelle le clivage du moi opère selon la ligne corps-esprit et les objets internes persécuteurs sont expulsés du moi dans le corps, ce qui les empêche de contaminer l’ensemble du moi.

La symbolisation et la sublimation

Plus tard, en réponse à l’article d’Hanna Segal ‘Notes on symbol formation’ [Notes sur la formation du symbole], Hans Thorner  a publié ‘Either/or –a contribution to the problem of symbolization and sublimation’ [Soit l’un, soit l’autre, contribution au problème de la symbolisation et de la sublimation] (1981). Dans cet article, il décrit un patient qui est incapable d’établir une synthèse signifiante entre deux aspects : la représentation symbolique et l’idée d’un jeu, tout contact étant éprouvé comme une collision violente. Il continue en établissant une distinction utile entre concentration et attention. Il considère la concentration comme une forme de clivage qui exclut et l’attention comme une aptitude à percevoir les stimuli émanant des objets et une disposition à les recevoir. Il suggère que, pour vivre pleinement sa vie, il est nécessaire de recevoir plus d’un stimulus et d’une signification et de tolérer les autres stimulus qui sont également présents. Le patient évoqué dans cet article ne peut combiner une idée avec une autre.

Le « bon objet »

Dans un autre article, ‘The criteria of progress in a patient during analysis’ [Les critères de progrès du patient pendant l’analyse] (1952), qui fait suite aux travaux de Melanie Klein et de Joan Riviere, Thorner reprend les idées de celles-ci selon lesquelles le sentiment de sécurité du patient dépend largement de sa relation à son bon objet. Il suit le progrès de l’analyse en termes de « bon objet » et de destin de celui-ci dans le monde interne et le monde externe du patient. Il montre comment le bon objet, qui est à un moment donné idéalisé et considéré comme tout-puissant et génère de ce fait de l’angoisse, devient un bon objet plus réaliste et bienveillant. Le patient peut accepter ses limites et sa discipline comme il accepte la discipline de l’analyse. Le patient peut souvent osciller d’une phase à l’autre avant de parvenir à une stabilité durable. A mesure que les angoisses du patient à l’égard de sa propre dangerosité s’atténuent au fil de l’analyse, son monde intérieur devient plus sûr et plus stable. Ce processus s’accompagne d’introjections du « bon objet » que représente l’analyste. Thorner ajoute qu’il ne s’agit pas d’une introjection de l’analyste « réel », mais du bon objet du patient qui a été auparavant projeté sur l’analyste. Avec le progrès du traitement, la réaction du patient à l’analyse change et, avec elle, la signification inconsciente de l’analyse.

Thorner suggère qu’avec l’aide de l’analyse, les patients éprouvent moins de culpabilité. Ils tolèrent davantage leurs sentiments de souffrance et de dépression et leur désir de réassurance et d’aide extra-analytique s’atténue. Avec cette tolérance accrue la nature du matériel analytique change et devient plus en lien avec la réalité en même temps que les patients se trouvent en contact plus direct avec les couches plus profondes de leur inconscient. Leur besoin de se comparer aux autres diminue et ils sont en mesure de faire davantage confiance à leurs propres sentiments, idées ou valeurs. Ce thème de la « récupération du bon objet perdu » a été développé par la suite par le docteur Eric Brenman (2006).

Naomi Shavit & Irma Brenman Pick


Principales publications

1946 Thorner, H. A. ‘The treatment of psychoneurosis in the British Army’ [Le traitement des psychonévroses dans l’armée britannique]. International Journal of Psychoanalysis. 27: 52-59.

1949 Thorner, H. A. ‘Notes on a case of male homosexuality’ [Notes sur un cas d’homosexualité masculine]. International Journal of Psychoanalysis. 30: 31-35.

1952 Thorner, H. A. ‘Examination anxiety without examination’ [L’angoisse des examens en l’absence d’examen]. International Journal of Psychoanalysis. 33: 153-159.

1952 Thorner, H. A. ‘The criteria of progress in a patient during analysis’ [Les critères de progrès du patient pendant l’analyse]. International Journal of Psychoanalysis. 33: 479-484.

1955 Thorner, H. A. ‘Three defences against inner persecution in M. Klein’ [Trois défenses contre la persécution interne chez M. Klein], in P. Heimann, R. E. Money-Kyrle (eds.) New Directions in Psycho-Analysis [Nouvelles directions en psychanalyse]. Tavistock Publications.

1981 Thorner, H. A. ‘Notes on the desire for knowledge’ [Notes sur le désir de connaissance]. International Journal of Psychoanalysis. 62: 73-80.

1981 Thorner, H. A. ‘Either/or – a contribution to the problem of symbolization and sublimation’. [Soit l’un, soit l’autre, contribution au problème de la symbolisation et de la sublimation] International Journal of Psychoanalysis. 62: 455-463.

1985 Thorner, H. A. ‘On repetition. Its relationship to the depressive position’ [La répétition, son lien avec la position dépressive]. International Journal of Psychoanalysis. 66: 231-236.