Les organisations pathologiques

Le terme d’« organisations pathologiques de la personnalité » fait référence à une famille de défenses extrêmement rigides et étroitement enchevêtrées. Leur fonction est de permettre aux patients d’éviter les angoisses dépressives et persécutrices écrasantes par l’évitement du contact émotionnel avec les autres personnes et avec la réalité interne et externe.

Il y a deux courants principaux et complémentaires dans le concept d’organisation pathologique. Le premier se réfère à la domination par des parties du self « folles » et « mauvaises », narcissiques et omnipotentes, sur le reste de la personnalité.

 De nombreux auteurs soulignent que cette tyrannie a une emprise tenace du fait de son caractère pervers, addictif et sadomasochiste. Le second courant concerne l’« équilibre psychique ». Les organisations pathologiques fournissent aux patients un équilibre psychique précaire qui est obtenu par l’affaiblissement pathologique d’un self qui pourrait être bien plus réceptif aux émotions. De telles organisations cherchent à procurer aux patients une nouvelle position que l’on peut conceptualiser comme étant un retrait des activités normales ainsi que des angoisses de la position schizoparanoïde (Ps) et de la position dépressive (D).  Par conséquent, les oscillations plus normales entre la position schizoparanoïde et la position dépressive ainsi que les périodes d’équilibre sont considérablement réduites. On pense que l’origine des organisations pathologiques vient de l’émergence précoce de tendances destructrices ingérables, en rapport avec l’envie et l’échec de l’environnement qui sapent les activités structurantes du fonctionnement schizoïde normal et génèrent des angoisses paranoïdes extrêmes et écrasantes.

Les organisations pathologiques sont extrêmement résistantes au changement et posent un défi technique considérable pendant l’analyse. Les auteurs, ayant développé et enrichi le concept des organisations pathologiques, apportent une perspective typiquement kleinienne sur des questions majeures soulevées par Freud, comme la réaction thérapeutique négative et le côté interminable de l’analyse.

Articles de référence

Pour accéder à l’intégralité des références des œuvres de Melanie Klein, consulter la section Publications de Melanie Klein .

1936 Riviere, J. ‘A contribution to the analysis of the negative therapeutic reaction’ [Contribution à l’analyse de la réaction thérapeutique négative], International Journal of Psychoanalysis. 17: 304-320 in Psychanalystes (Revue du Collège des Psychanalystes), 1988, vol. 26, p. 3-19.
Première présentation de Klein au sujet d’une organisation défensive de la personnalité.

1964 Rosenfeld, H. ‘On the psychopathology of narcissism: a clinical approach’ [À propos de la psychopathologie du narcissisme : une approche clinique]International Journal of Psychoanalysis. 45: 332-337; publié de nouveau dans In Psychotic States. Hogarth Press (1965) in Etats psychotiques : essais psychanalytiques, Paris, PUF, 1976, p. 219-232.
Définition essentielle de l’organisation narcissique » libidinale » ou du self fou omnipotent.

1968 Meltzer, D. ‘Terror, persecution, dread’ [La terreur, la persécution et l’effroi]International Journal of Psychoanalysis. 49: 396-400; publié à nouveau dans Sexual States of Mind. Strath Tay : Clunie Press (1973); and in E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988) in Les structures sexuelles de la vie psychique, Paris, Payot, 1977, p.176-177.
Meltzer expose la notion d’organisation narcissique destructrice et sa tyrannie sur la personnalité.

1971 Rosenfeld, H. ‘A clinical approach to the psychoanalytic theory of the life and death instincts: An investigation into the aggressive aspects of narcissism’ [Les aspects agressifs du narcissisme : un abord clinique de la théorie des instincts de vie et de mort]International Journal of Psychoanalysis. 52: 169-178; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988) in Nouvelle Revue de Psychanalyse, Paris, Gallimard, 1976, p. 205-221.
Présentation de référence sur une organisation narcissique « destructrice ».

1972 Segal, H. ‘A delusional system as a defence against the re-emergence of a catastrophic situation’ [D’un système délirant comme défense contre la résurgence d’une situation catastrophique]International Journal of Psychoanalysis. 53 : 393-403 in Nouvelle Revue de Psychanalyse, Paris, Gallimard, 1974, p.89-105.
Description du monde délirant et omnipotent d’un patient psychotique, qui lui procure un équilibre instable en défense contre une situation de catastrophe survenue précocemment dans sa vie.

1975 Joseph, B. ‘The patient who is difficult to reach’ [Le patient difficilement atteignable], P. Giovacchini (ed.) Tactics and Techniques in Psycho-Analytic Therapy, Vol. 2. New York : Jason Aronson; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 2. Routledge (1988); and in B. Joseph (ed.) Psychic Equilibrium and Psychic Change. Routledge (1989).
Analyse minutieuse du fonctionnement des organisations pathologiques dans la relation analytique.

1981 O’Shaughnessy, E. ‘A clinical study of a defensive organisation’ [Étude clinique d’une organisation défensive]International Journal of Psychoanalysis. 62: 359-369; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988).
Description clinique détaillée d’une organisation défensive étant une formation pathologique à la limite entre position schizoparanoïde et position dépressive.

1981 Riesenberg-Malcolm, R. ‘Expiation as a defence’ [Une défense sous forme d’expiation], International Journal of Psychoanalysis and Psychotherapy. 8: 549-570.
Illustration clinique de l’utilisation pathologique de l’expiation masochiste pour éviter la culpabilité persécutrice.

1982 Steiner, J. ‘Perverse relationships between parts of self: A clinical illustration’ [Illustration clinique des relations perverses entre parties du self]International Journal of Psychoanalysis. 63: 241-252.
Premier usage du terme d’« Organisations Pathologiques ». Début d’une théorie complète incluant à la fois le narcissisme pathologique et l’équilibre entre organisation pathologique et positions schizoparanoïde et dépressive.

1982 Joseph, B. ‘On addiction to near death’ [Frôler la mort, irrésistiblement]International Journal of Psychoanalysis. 63: 449-456; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988); and in Psychic Equilibrium and Psychic Change. Routledge (1989) in Revue Française de Psychanalyse, Paris, PUF, 1986, p. 1145-1158. 
À propos de l’érotisation d’une organisation de la personnalité autodestructrice et malveillante qui se manifeste par une addiction à la sensation de mort imminente.

1985 Brenman, E. ‘Cruelty and narrow-mindedness’ [Cruauté et étroitesse d’esprit]International Journal of Psychoanalysis. 66: 273-281; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988) in Revue Française de Psychanalyse, Paris, PUF, 2002, p. 1231-1245.
L’étroitesse d’esprit au service de l’omnipotence narcissique et la cruauté comme défense contre l’impuissance.

1985 Steiner, J. ‘Turning a blind eye: the cover-up for Oedipus’ [Regarder avec un œil aveugle : une dissimulation de l’Œdipe]International Review of Psychoanalysis. 12: 161-172.
Définition de l’usage pervers du refus de voir pour maintenir une relation pathologique entre les parties clivées du moi.

1987 Rosenfeld, H. Impasse and Interpretation [Impasse et interprétation] Tavistock. (Chapters 6 and 13) in Impasse et Interprétation, Paris, PUF, 1990.
Rosenfeld réitère la différence entre narcissisme libidinal et narcissisme destructeur ainsi que les implications de cette différence sur le traitement analytique. Il introduit une distinction entre le narcissique à la peau fine et à la peau épaisse.

1987 Steiner, J. ‘The interplay between pathological organisations and the paranoid-schizoid and depressive positions’ [L’intéraction entre les organisations pathologiques et les positions schizoparanoïde et dépressive]International Journal of Psychoanalysis. 68: 69-80; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988).
Définition plus approfondie des points sensibles de transition entre position schizoparanoïde et position dépressive, qui peuvent favoriser le recours aux organisations pathologiques.

1988 Spillius, E. ‘Pathological organisations: Introduction’ [Organisations pathologiques : Introduction]Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge.
Résumé des textes des principaux auteurs et courants de pensée dans le domaine du concept des organisations pathologiques.

1990a Steiner, J. ‘Pathological organisations as obstacles to mourning: The role of unbearable guilt’ [Les organisations pathologiques comme lutte contre le deuil : le rôle de la culpabilité insupportable]International Journal of Psychoanalysis. 71: 87-94.
Au sujet du rôle de la culpabilité insupportable qui favorise que le patient se retranche dans une organisation pathologique.

1992 O’Shaughnessy, E. ‘Enclaves and excursions’ [Enclaves et excursions]International Journal of Psychoanalysis. 73: 606-611.
Description de la manière dont les patients incitent les analystes à se rendre avec eux dans des enclaves ou à partir en excursion loin des zones d’angoisse majeure. Dans les deux cas, il s’agit d’un retrait psychique.

1992 Steiner, J. ‘The equilibrium between the paranoid-schizoid and depressive positions’ [L’équilibre entre les positions schizo-paranoïde et dépressive]New Library of Psychoanalysis. 14: 46-58.
Exposé concis des subdivisions en position schizoparanoïde et position dépressive et de l’équilibre entre les deux.
Le nouveau terme de « retrait » décrit en terme spatial les états d’esprit hors d’atteinte ou bloqués. Ce terme a émergé de l’étude approfondie des organisations pathologiques.

1993 Steiner, J. Psychic Retreats: Pathological organisations in psychotic, neurotic and borderline patients [Retraits psychiques: organisations pathologiques chez les patients psychotiques, névrosés et borderline], Routledge in Retraits psychiques: organisations pathologiques chez les patients psychotiques, névrosés et borderline, Paris, PUF, 1996, p.193-214.
Le nouveau terme de « retrait » décrit en terme spatial les états d’esprit hors d’atteinte ou bloqués. Ce terme a émergé de l’étude approfondie des organisations pathologiques.