La position schizo-paranoïde

Le terme de position schizo-paranoïde fait référence à une constellation d’angoisses, de défenses et de relations d’objets internes et externes que Klein considère comme étant caractéristique des premiers mois de la vie du bébé et qui perdure à des degrés variables pendant l’enfance et l’âge adulte. Aujourd’hui, on comprend les états mentaux schizo-paranoïdes comme jouant un rôle important tout au long de la vie. La caractéristique principale de la position schizo-paranoïde est le clivage du self et de l’objet en bon et mauvais, avec peu ou pas d’intégration entre eux à la période initiale.

Selon Klein, les nourrissons éprouvent des angoisses majeures dues à l’action interne de la pulsion de mort, au traumatisme vécu pendant la naissance et aux expériences de faim et de frustration. Elle suppose que le jeune nourrisson a un moi rudimentaire, bien que non intégré, qui tente de faire face à ses expériences et tout particulièrement à l’angoisse, en utilisant des fantasmes de clivage, de projection et d’introjection.

Le bébé clive à la fois son moi et son objet et projette à l’extérieur séparément ses sentiments d’amour et de haine (pulsions de vie et de mort) dans des parties séparées de la mère (ou du sein) ce qui a comme résultat la division de l’objet maternel en un « mauvais » sein (la mère qui est ressentie comme source de frustration et de persécution et qui est haïe) et un « bon » sein (la mère qui est aimée et ressentie comme aimante et gratifiante). Les objets « bons » et « mauvais » sont ensuite introjectés et il s’ensuit un cycle de re-projection et de re-introjection.  

L’omnipotence et l’idéalisation sont des aspects importants de cette activité ; les mauvaises expériences sont déniées de façon omnipotente chaque fois que c’est possible et les bonnes expériences sont idéalisées et exagérées pour se protéger de la peur du sein persécuteur.

Le « clivage binaire » est indispensable au développement normal, car il permet au bébé d’intégrer et de conserver en lui une expérience suffisamment bonne. Cette dernière lui fournit un noyau central autour duquel les aspects contrastés du self commencent à s’intégrer. Klein pense que la mise en place d’un bon objet interne est un prérequis à l’élaboration psychique ultérieure de la position dépressive.

Une autre caractéristique de la position schizo-paranoïde correspond à une sorte différente de clivage : la « fragmentation », dans laquelle l’objet et/ou le self sont clivés en un grand nombre de petits morceaux. L’usage persistant ou prolongé de la fragmentation et de la dispersion du self affaiblit le moi fragile et non intégré et génère de graves perturbations.

Klein considère que des facteurs constitutionnels et environnementaux affectent l’évolution de la position schizo-paranoïde. Le facteur constitutionnel essentiel est l’équilibre entre la pulsion de vie et la pulsion de mort chez l’enfant. Le facteur environnemental principal est la qualité des soins maternels que reçoit le bébé. Si le développement se déroule normalement, les angoisses paranoïdes extrêmes et les défenses schizoïdes sont largement abandonnées chez le nourrisson pendant la position schizo-paranoïde initiale et durant l’élaboration psychique qui survient pendant la position dépressive.

Klein soutient que les modes de relation schizoïdes ne sont jamais abandonnés complètement et ses écrits donnent l’impression que les positions peuvent être conceptualisées comme des états d’esprit transitoires. La position schizo-paranoïde peut être envisagée comme la phase de développement précédant la position dépressive, comme une défense contre celle-ci et aussi comme une régression à partir de celle-ci.

Articles de référence

Pour accéder à l’intégralité des références des œuvres de Melanie Klein, consulter la section  Publications de Melanie Klein .

Les débuts

1921 Klein, M. ‘The development of a child’ [Le développement d’un enfant] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 29-89.
M. Klein y suggère que le bébé, dans un souci de protection, clive et projette à l’extérieur une partie non souhaitée de la mère.

1926 Klein, M. ‘The psychological principles of early analysis’ [Les principes psychologiques de l’analyse de jeunes enfants] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 166-177.
Cet article et l’article ci-dessus décrivent les attaques sadiques orales et anales du bébé à l’encontre de la mère, comme étant le résultat d’un surmoi persécuteur (imago maternel interne).

1929 Klein, M. ‘Personification in the play of children’ [La personnification dans le jeu des enfants]in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 242-253.

1930 Klein, M. ‘The importance of symbol formation in the development of the ego’ [L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 263-278.
Cet article et l’article ci-dessus explorent l’utilisation par le bébé du clivage entre bon et mauvais ainsi que l’usage de la projection comme défense et moyen d’élaborer les conflits internes et les angoisses.

1932 Klein, M. The Psychoanalysis of Children [La Psychanalyse des Enfants]La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 1959.
Klein adopte les concepts de Freud sur l’instinct de vie et l’instinct de mort, sur le détournement de l’instinct de mort et elle introduit l’idée du clivage du ça.

1933 Klein, M. ‘The early development of conscience in the child’ [Le développement précoce de la conscience chez l’enfant] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 296-306.
Le clivage du ça est élaboré (il deviendra plus tard le clivage du moi).

La période centrale

1935 Klein, M. ‘A contribution to the psychogenesis of manic-depressive states’ [Contribution à l’étude de la psychogenèse des états maniaco-dépressifs] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 311-340.
Melanie Klein y introduit les grandes lignes des « positions ». Elle y insiste sur le contraste entre la position dépressive et une phase paranoïde plus précoce. Elle différencie la relation à un objet partiel de la relation à un objet total.

1940 Klein, M. ‘Mourning and its relation to manic-depressive states’ [Le deuil et ses rapports avec les états maniaco-dépressifs] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 341-369.
M. Klein développe le sujet des défenses maniaques d’idéalisation et de déni.

La période tardive

1946 Klein, M. ‘Notes on some schizoid mechanisms’ [Notes sur quelques mécanismes schizoïdes].
L’ultime article de M. Klein dans lequel elle expose la notion de position schizo-paranoïde avec les angoisses qui lui sont assorties et les défenses contre ces angoisses.

1952 Klein, M. ‘Some theoretical conclusions regarding the emotional life of the infant’ [Quelques conclusions théoriques au sujet de la vie émotionnelle des bébés].
Bon résumé sur la position schizo-paranoïde et sur la position dépressive. M. Klein y insiste plus sur l’importance d’un bon objet solidement établi.

1955 Klein, M. ‘On identification’ [A propos de l’identification] in Envie et gratitude, Paris, Gallimard, 1968, p.139-185.
M. Klein continue à insister sur l’importance d’un bon objet solidement établi et rassurant. Elle illustre la notion d’identification projective.

1957 Klein, M. ‘Envy and gratitude’ [Envie et gratitude] in Envie et gratitude, Paris, Gallimard, 1968, p 9-93.
Description plus développée des positions schizo-paranoïde et dépressive ; elle y expose l’envie comme l’expression de la pulsion de mort.

1963 Bion, W. Elements of Psychoanalysis [Eléments de la Psychanalyse], Heinemann. Ch. 8, in Eléments de la Psychanalyse, Paris, PUF, 1979.
Oscillation entre les positions schizo-paranoïde et dépressive symbolisées par Ps<– >D.

1987 Steiner, J. ‘The interplay between pathological organisations and the paranoid-schizoid and depressive positions’ [L’interaction entre les organisations pathologiques et les positions schizo-paranoïde et dépressive]International Journal of Psychoanalysis. 68: 69-80; publié à nouveau dans E. Spillius (ed.) Melanie Klein Today, Vol. 1. Routledge (1988).
Exploration du passage entre les deux positions

1998 Britton, R. ‘Before and after the depressive position; Ps (n) – >D(n) –>Ps (n+1)’ [Avant et après la position depressive ; Ps (n) – >D(n) –>Ps (n+1)]Belief and Imagination: Explorations in Psychoanalysis [Croyance et Imagination : Explorations en Psychanalyse]: Routledge.
L’accent est mis sur l’importance de la capacité à passer d’une position à l’autre (position dépressive (D), position schizo-paranoïde (Ps)).