La position dépressive

La position dépressive est une constellation psychique définie par Klein comme centrale dans le développement de l’enfant, normalement éprouvée pour la première fois vers le milieu de la première année de vie. Elle est régulièrement revisitée et affinée pendant la petite enfance ainsi que par intermittence tout au long de la vie. La prise de conscience des sentiments et des fantasmes de haine à l’égard de l’objet aimé, généralement la mère, y est centrale. Auparavant, objet d’amour et objet de haine sont ressentis comme deux objets partiels séparés : idéal et aimé, persécuteur et haï. Lors de cette période très précoce, l’angoisse principale concernait la survie du self. Dans la position dépressive, l’angoisse est aussi ressentie à l’égard de l’objet.

Si l’on peut supporter en soi la coexistence des figures aimées et haïes, l’angoisse commence à se centrer sur le bien-être et la survie de l’autre, en tant qu’objet total. Cela donne lieu finalement à une culpabilité emplie de remords et à une tristesse poignante en lien avec la profondeur de l’amour. Alors qu’on se languit de ce qui a été perdu ou endommagé par la haine survient un désir ardent de réparation. Les capacités du moi s’agrandissent et le monde est perçu de façon plus riche et plus réaliste. Le contrôle omnipotent sur l’objet, perçu alors comme plus réel et séparé, diminue. La maturation est ainsi liée étroitement à la perte et au deuil. Reconnaître l’autre comme un être séparé de soi-même prend en compte les relations aux autres ; c’est ainsi que la prise de conscience de la situation œdipienne accompagne inévitablement la position dépressive. L’émergence de l’angoisse et de la douleur dépressives est contrecarrée par des défenses maniaques et obsessionnelles et par un repli vers le clivage et la paranoïa de la position schizoparanoïde. Les défenses peuvent être transitoires ou se fixer de façon rigide ce qui empêche de faire face à la position dépressive et de la surmonter.

Le terme de position dépressive est utilisé dans des sens différents, mais apparentés. Il peut faire référence à l’expérience infantile de cette intégration développementale. De manière plus générale, il se rapporte, à chaque étape de la vie, à l’expérience de culpabilité et de chagrin générés par les attaques haineuses et par la dégradation des objets externes et internes. La position dépressive varie selon le niveau de catastrophe ressentie sur une échelle allant du deuil normal pour une perte, à la dépression sévère. Le terme est aussi utilisé librement pour faire référence au « fonctionnement caractéristique de la position dépressive », ce qui veut dire que l’individu est en mesure d’assumer sa responsabilité personnelle et de se percevoir lui/elle-même comme séparé de l’autre.


Articles de référence

Pour accéder à l’intégralité des références des œuvres de Melanie Klein, consulter la section Publications de Melanie Klein .

1927 Klein, M. ‘Criminal tendencies in normal children’ [Les tendances criminelles chez les enfants normaux] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 211-228.
Il s’agit des premières observations de culpabilité chez des enfants ayant commis des attaques agressives.

1929 Klein, M. ‘Infantile anxiety situations reflected in a work of art and in the creative impulse’ [Les situations d’angoisse de l’enfant et leur reflet dans une œuvre d’art et dans l’élan créateur]in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 254-262.
Observation du déplacement de la terreur de l’agressivité à la crainte vis à vis de l’objet d’amour. Première mention de la notion de réparation.

1932 Klein, M. The Psychoanalysis of Children [La Psychanalyse des Enfants] La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 1959.
Cliver afin de protéger le bon objet. L’importance de la « restitution » dans la sublimation.

1933 Klein, M. ‘The early development of conscience in the child’ [Le développement précoce de la conscience chez l’enfant] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 296-306.
Changement de nature du surmoi qui passe d’un surmoi vengeur à un surmoi préoccupé par la culpabilité et le sens moral.

1935 Klein, M. ‘A contribution to the psychogenesis of manic-depressive states’ [Contribution à l’étude de la psychogenèse des états maniaco-dépressifs] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 311-340.
Première présentation explicite de la position dépressive.

1940 Klein, M. ‘Mourning and its relation to manic-depressive states’ [Le deuil et ses rapports avec les états maniaco-dépressifs] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 341-369.
Présentation plus claire et plus développée de la position dépressive

1945 Klein, M. ‘The Oedipus complex in the light of early anxieties’ [Le complexe d’Œdipe éclairé par les angoisses précoces] in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 370-424.
M Klein établit un lien important entre la position dépressive et le complexe d’Œdipe.

1946 Klein, M. ‘Notes on some schizoid mechanisms’ [Notes au sujet de quelques mécanismes schizoïdes].
M Klein introduit la position schizoparanoïde avec une délimitation plus claire entre les deux positions.