Personnes clés

Karl Abraham

Né en Allemagne en 1877, Karl Abraham rencontre la psychanalyse pendant sa formation en psychiatrie auprès de Jung à l’hôpital psychiatrique du Burghölzli à Zurich. Il devient l’un des pionniers de la psychanalyse aux côtés de Sigmund Freud, Carl Jung, Ernest Jones et Sándor Ferenczi. Les contributions les plus importantes et les plus déterminantes d’Abraham à la psychanalyse sont sa théorie des stades prégénitaux du développement, ses concepts de mélancolie et de névrose obsessionnelle et sa compréhension du narcissisme comme obstacle au traitement analytique. Toutes ces idées, notamment celles qui ont trait au développement prégénital et au sadisme, ont profondément influencé la pensée de Melanie Klein et l’ont aidée à formuler son propre tableau génial du vécu psychique de l’enfant.

Abraham fonde la Société de psychanalyse allemande en 1910. Il analyse Klein pendant 18 mois à partir du début de l’année 1924. Il meurt en 1925, un an après avoir été élu président de l’Association Psychanalytique Internationale (IPA). Il n’avait que 48 ans.

Sándor Ferenczi

Sándor Ferenczi naît à Miskolc en Autriche-Hongrie en 1873 dans une famille de 12 enfants. Il se forme à la psychiatrie et, après sa rencontre avec Sigmund Freud en 1908, se concentre sur la psychanalyse. Freud et Ferenczi deviennent des amis et des collaborateurs très proches et leur relation dure plus de vingt ans, malgré la divergence ultérieure radicale de Ferenczi d’avec le modèle classique freudien. Ferenczi est le premier psychanalyste de Melanie Klein et ses idées sur les relations d’objet eurent un fort impact sur la manière dont celle-ci conçut les premières expériences que fait l’enfant du monde externe et particulièrement sa relation à sa mère et au corps de cette dernière.

Ferenczi fonda la Société de psychanalyse hongroise en 1913. Il fut président de l’Association Psychanalytique internationale (IPA) de 1918 à 1919.

Il meurt en 1933 à l’âge de 60 ans d’une anémie pernicieuse.

Anna Freud

Née en 1895, Anna Freud est la plus jeune des enfants de Sigmund et Martha Freud. Elle semble avoir eu une enfance difficile marquée par une rivalité constante avec sa sœur aînée Sophie et des difficultés à nouer des amitiés. Analysée par Freud, elle adopte et promeut infatigablement toute sa vie les idées analytiques de celui-ci.

Anna Freud étudie la pédagogie à Vienne avant d’être analysée par son père de 1918 à 1922, année où elle est acceptée comme membre de la Société psychanalytique de Vienne. Elle se spécialise dans l’analyse d’enfants et créera plus tard pendant la guerre la pouponnière de Hampstead à Londres, pour offrir aux enfants stabilité et traitement psychothérapique face aux traumatismes émotionnels de la Seconde Guerre Mondiale.

Venue en Angleterre en 1938 pour fuir l’occupation nazie à Vienne, Anna Freud devient une épine dans le pied de Melanie Klein et de ses disciples. Elle accuse la théorie kleinienne de s’éloigner de la véritable psychanalyse, c’est-à-dire de l’analyse freudienne classique, au point de ne plus pouvoir être considérée comme analytique, mais comme une simple métapsychologie. Les deux femmes les plus en vue de la psychanalyse sont en désaccord sur l’âge auquel on peut commencer l’analyse d’un enfant : Klein pense que l’on peut analyser avec succès des enfants bien avant l’âge de cinq ans, ce qu’Anna Freud ne croit pas. Elles divergent également sur le rôle du transfert et du contre-transfert, sur la notion hautement controversée (mais initialement freudienne) de pulsion de mort, sur la période du complexe d’Œdipe et sur bien d’autres points théoriques essentiels.

Klein trouve Anna Freud trop conservatrice et ses vues limitées, ne comprenant pas la nécessité de développer la psychanalyse et d’innover en allant au-delà des origines de la théorie de son père. Anna Freud considère Klein comme arrogante, extrémiste et non scientifique et lui reproche de se livrer à des spéculations sauvages. La bataille entre ces deux pionnières de la psychanalyse d’enfants atteint un point culminant en 1942 avec le début des Controverses.

Anna Freud meurt à Londres en 1982 à l’âge de 87 ans.

Sigmund Freud

Sigismund Schlomo Freud naît de parents juifs le 6 mai 1856 à Pribor en Moravie. Sa famille déménage à Vienne pendant sa petite enfance. Il y établira son foyer jusqu’à ce qu’il soit obligé de fuir les nazis en 1938. Il commence sa carrière comme neurologue bien qu’il ait toujours été profondément intéressé par la philosophie. Lors de ses études de médecine à l’université de Vienne Freud étudie la philosophie, la zoologie et la physiologie.

A l’âge de 29 ans, Freud étudie la neurologie à Paris avec Jean-Martin Charcot. Celui-ci s’attache principalement à explorer l’hystérie et les possibilités de l’hypnose. Son travail a un impact considérable sur la pensée de Freud et son choix de carrière subséquent. De retour à Vienne, Freud décide de s’installer comme psychologue spécialisé dans les troubles pathologiques et d’utiliser l’hypnose comme méthode de traitement. Pendant les dix années qui suivent Freud développe avec son collègue Breuer une nouvelle méthode clinique, abandonnant l’hypnose au profit de ce que l’on appelle « l’association libre ». C’est le début de la psychanalyse.

Melanie Klein rencontra Freud à plusieurs reprises. Mais il ne soutint jamais ses idées, peut-être parce qu’elle était la rivale directe et la critique la plus menaçante de sa fille Anna dans le monde de la psychanalyse d’enfants. Melanie Klein fut souvent accusée de ne pas adhérer suffisamment aux théories freudiennes et donc de ne pas se livrer à une véritable investigation psychanalytique. Mais elle affirma toujours que Freud avait été celui qui l’avait le plus influencée et son précurseur le plus révéré et que toute sa théorie provenait d’une source originelle qui était le canon freudien.

Freud meurt le 23 septembre 1939 à l’âge de 83 ans.

Edward Glover

Le troisième de trois fils, Edward Glover naît en 1888. Il étudie la médecine à l’université de Glasgow, puis, après son diplôme, travaille à Glasgow et à Londres en pédiatrie, en chirurgie et en médecine pulmonaire. Glover se rend à Berlin pour y suivre une analyse avec Karl Abraham. Il devient membre de la Société de psychanalyse britannique en 1921.

Pendant les années trente et le début des années quarante Glover manifesta une intense hostilité à l’égard de Melanie Klein et de ses théories. Il s’allia avec la fille de Klein, Melitta Schmideberg (qu’il avait analysée), et conjointement avec Anna Freud, ils s’efforcèrent de détruire la considération accordée à Klein et à son influence au sein de la Société de psychanalyse britannique. Glover et Melitta Schmideberg furent les ennemis les plus virulents de Klein et la tourmente au sein de la Société britannique de psychanalyse ne finit par s’apaiser que lorsque Glover en démissionna finalement en 1944. Cela marqua la fin des Controverses, mais en partant, Glover déclara que la Société n’était plus freudienne (c’est-à-dire plus véritablement analytique).

Glover s’intéressa longtemps, comme Melitta Schmideberg, à la délinquance et à la criminologie. Il fonda ou participa à la fondation du centre Portman, de l’Institut pour l’Etude et le Traitement de la Délinquance, du British Journal of Criminology [Revue britannique de criminologie] et de la British Society of Criminology [Société britannique de criminologie].

Il mourut en 1972 à l’âge de 84 ans.

Paula Heimann

Paula Heimann naît à Dantzig en Allemagne en 1899 et se forme à la psychanalyse à Berlin. Peu après son arrivée à Londres en 1933, elle devient la secrétaire de Melanie Klein (toutes deux s’étaient déjà rencontrées à Berlin) qui l’analyse par la suite. Heimann joue un rôle essentiel lors des Controverses entre 1942 et 1944, auxquelles elle contribue par deux articles importants qui explicitent la théorie kleinienne dans les débats.

Les deux femmes sont très proches et se soutiennent mutuellement jusqu’au début des années cinquante où  les idées théoriques de Heimann, notamment sur le rôle du contre-transfert suscitent un désaccord important entre elles. Ce fossé apparemment infranchissable l’amène finalement à quitter le groupe kleinien. A partir de cette époque, Heimann fait partie du groupe des Indépendants ou « Middle Group ». Elle est nommée secrétaire du comité de formation de la Société de psychanalyse britannique en 1954.

Paula Heimann meurt à Londres en 1982 à l’âge de 83 ans.

Ernest Jones

Ernest Jones naît en 1879 dans le village de Gowerton juste à côté de Swansea dans le Sud du Pays de Galles. Il étudie la médecine et l’obstétrique à l’université de Cardiff et à University College à  Londres puis se spécialise en neurologie. Il rencontre pour la première fois l’œuvre de Freud en 1905 et il est très impressionné par l’attention que porte celui-ci à la réalité intérieure du patient et par la compréhension qu’il en a. Jones et Freud se rencontrent pour la première fois en 1908 et deviennent collègues.

Trouvant la société britannique résistante aux idées et pratiques freudiennes, il passe plusieurs années au Canada et aux Etats Unis, où il participe, entre autres, à la fondation de la Société de psychanalyse américaine. A son retour à Londres en 1913, il fonde la Société de psychanalyse britannique fin 1919, ce qui semble témoigner d’un changement considérable dans les attitudes envers l’étude et le traitement de l’esprit « normal » comme de l’esprit pathologique. Jones est président de la Société de psychanalyse britannique de sa création jusqu’en 1944, son règne durant 25 ans. Il est président de l’Association psychanalytique internationale (IPA) à deux reprises et il crée l’International Journal of Psychoanalysis. Il est aussi le célèbre et premier biographe officiel  de Freud.

Comme Jones est une personnalité d’une importance inestimable dans la psychanalyse britannique et internationale, son soutien personnel et professionnel à l’égard de Melanie Klein est précieux. Il joua un rôle crucial dans l’acceptation initiale de Klein par la Société de psychanalyse britannique. Klein dut reconnaître à maintes reprises au fil de sa carrière l’importance du soutien de Jones.

Jones meurt en 1958 à l’âge de 79 ans.

Alix et James Strachey

James Beaumont Strachey naît en 1887. C’est le frère de Lytton Strachey, qui est un biographe, écrivain et critique réputé. Les deux frères sont au centre du célèbre groupe de Bloomsbury. Alix Sargent Florence naît de père américain et de mère anglaise dans le New Jersey en 1892. Après s’être rencontré lors d’une réunion du groupe de Bloomsbury, le couple se marie en 1920.

En 1921 les Strachey déménagent à Vienne où James entre en analyse avec Freud qu’il admirait depuis longtemps. Parlant tous les deux couramment l’allemand, Alix et James commencent à traduire les œuvres de Sigmund Freud, donnant ainsi naissance à la Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud qui demeure la traduction anglaise de référence de Freud. A Berlin, Alix rencontre Melanie Klein et se lie d’amitié avec elle. Elle joue par la suite un rôle clef dans la venue de Klein à Londres et dans son installation finale dans cette ville. Les Strachey se forment tous deux à la psychanalyse et deviennent membres de la Société de psychanalyse britannique au milieu des années 1920. Malgré leur intérêt initial et constant pour la théorie kleinienne, les Strachey restent indépendants des groupes A et B de la Société de psychanalyse britannique, se gardant de toute allégeance partisane tant avec les annafreudiens qu’avec les kleiniens.

James meurt en 1967 et Alix, six ans plus tard, en 1973.

Donald Winnicott

Donald Woods Winnicott naît à Plymouth en 1896. Il étudie la médecine et devient pédiatre. Quelques années après être devenu médecin, Winnicott commence à travailler à l’hôpital pour enfants de Paddington Green où il continue à oeuvrer pour la plus grande part de sa carrière.

Déjà profondément intéressé par la psychologie infantile, Winnicott décide d’entrer en analyse avec James Strachey. Son analyse dure dix ans. Winnicott est ensuite analysé par Joan Riviere et commence à se former à la psychanalyse en 1927. Impressionné dès le début par les idées de Melanie Klein, il semble d’abord susceptible de faire partie du groupe kleinien. Mais il ne peut pas être d’accord avec quelques uns des concepts majeurs de Klein, tels sa formulation de la pulsion de mort et le rôle de l’envie dans le développement psychique. Il a beau s’efforcer avec acharnement de la persuader de reconsidérer certains éléments de ses théories, celle-ci est absolument déterminée à ne pas changer d’avis. Elle est tout aussi peu convaincue des innovations théoriques de Winnicott.

Aussi devient-il un membre éminent du groupe des indépendants ou Middle Group. Il introduit de nombreuses idées psychanalytiques très importantes comme les objets transitionnels, ces objets qui se situent à la limite entre l’imagination de l’enfant et le monde externe, et la mère « suffisamment bonne » au lieu de la mère idéale.

Winnicott meurt en 1971.

Virginia et Leonard Woolf

Adeline Virginia Stephen naît en 1882, la même année que Melanie Klein. Son futur mari, Leonard Woolf naît en 1880. Virginia Woolf est brillante, pleine d’une immense imagination et ambitieuse. Elle devient l’un des écrivains majeurs du 20ème siècle. Leonard est un fonctionnaire intelligent, doublé d’un essayiste et d’un théoricien talentueux.

Les Woolf sont au centre du groupe de Bloomsbury pendant les trente premières années du 20 ème siècle. Tous deux s’intéressent beaucoup à la psychanalyse et, avec leur maison d’édition, la Hogarth Press, publient la traduction de l’œuvre de Freud par James Strachey qui est un de leurs amis proches. Les expérimentations de Virginia Woolf avec la forme littéraire et l’expression de notre expérience humaine, manifestes dans ce qui est connu comme le style du flot de la conscience, ont souvent été envisagées du point de vue de la théorie analytique. Virginia Woolf elle-même a écrit sur ce nouvel univers de pensée dans son journal et dans ses notes. Virginia rencontre Freud chez lui à Londres peu avant sa mort, et ce sont Adrian et Karin Stephen, le frère de Virginia et sa belle-sœur, qui accueillent les premières conférences de Melanie Klein à Londres pendant l’été 1926.

Les Woolf rencontrèrent Klein au moins une fois. Voici comment Virginia décrit Klein :

« C’est une femme qui a du tempérament, une certaine force et, enfouie au fond d’elle-même une certaine… comment dire ? pas habileté, mais subtilité : quelque chose qui opère sous la surface. Une traction, une torsion pareille à un coureur de fond : quelque chose de menaçant. C’est une femme bourrue à cheveux gris, avec de grands yeux clairs qui frappent l’imagination. »

Virginia Woolf se suicide par noyade en 1941 à l’âge de 59 ans, alors que débute la dernière des graves décompensations psychiques de sa vie. Leonard lui survit jusqu’en 1969 où il meurt à l’âge de 88 ans.