Analyse d’enfants

Premières réflexions sur l’analyse d’enfants

Dessins d’enfants utilisés par Melanie Klein
Dessins d’enfants utilisés par Melanie Klein

Le développement émotionnel des enfants a éveillé un intérêt considérable dès les premiers jours de la psychanalyse, et le cas du « petit Hans » de Freud est probablement l’exemple le plus célèbre du début du travail avec les enfants. Il est vraisemblable que plusieurs des membres du groupe entourant Freud étaient de jeunes parents préoccupés par leurs propres enfants, et qu’ils auraient souhaité pouvoir bénéficier d’une aide similaire à celle que le petit Hans recevait. Cependant, ce n’est qu’après la Première Guerre Mondiale que les enfants devinrent eux-mêmes des sujets de traitement analytique.

La gageure de l’analyse d’enfants

Il était évident qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que des enfants se débrouillent d’un cadre psychanalytique pour adulte – divan et associations libres – et que cela représenterait un problème formidable. D’autres pionniers, en particulier Anna Freud, ont estimé, à l’époque, qu’on n’était pas en mesure d’aider directement les enfants de moins de sept ans, car on n’aurait pu exiger d’eux la coopération nécessaire attendue avec la technique prévue pour les adultes.

L’approche de Klein

Wooden toys including people, animals, houses and cars
Jouets utilisés par Melanie Klein pour l’analyse d’enfants

Pour surmonter ces défis, Klein a développé une technique selon laquelle les enfants peuvent s’exprimer au travers de jouets et du jeu. Elle voulait, autant que possible, pouvoir analyser les enfants de la même façon qu’on analysait les adultes, en prêtant attention au sens du jeu, au transfert et aux fantasmes inconscients en train de s’exprimer.

Au lieu que l’enfant soit allongé sur le divan et apporte des associations verbales, l’analyste aurait une simple salle de jeu avec une boîte ou un tiroir contenant du matériel de jeu comme du papier, des crayons, de la ficelle, une balle, des petites tasses, un évier avec des robinets et de petites figurines qu’un enfant pourrait manipuler facilement tout en n’étant pas trop représentatives. L’enfant se verrait ainsi offrir la possibilité d’utiliser pleinement son imagination.

L’enfant serait alors libre d’utiliser les matériaux, la salle et l’analyste lui-même comme il le souhaite, y compris l’analyste qui serait amené à jouer différents rôles – par exemple, être l’enfant méchant pendant que l’enfant deviendrait l’enseignant strict.

Dans la pratique actuelle, le cadre et l’approche de base de l’analyse d’enfants sont encore largement semblables à ce que Melanie Klein a décrit.

Il est intéressant de noter à quel point le matériel analytique infantile est intelligible pour les analystes qui ne voient pas d’enfants, alors que les caractéristiques superficielles du cadre sont si différentes. Cependant, une fois que nous considérons le matériel adulte comme un processus constant d’action au travers de mots, ce n’est pas tant que les enfants sont comme de petits adultes dans leurs analyses, mais plutôt que les adultes, dans leur analyse, continuent d’être des enfants ; le mystère s’estompe alors.

L’analyse d’enfants et son impact sur les théories de Klein

Un dessin de «Richard», patient de 10 ans de Melanie Klein
Un dessin de «Richard», patient de 10 ans de Melanie Klein

L’utilisation de cette technique d’analyse d’enfants a été d’une importance capitale dans le développement des théories de Melanie Klein, et particulièrement dans son insistance sur l’importance des expériences infantiles dans les troubles survenant plus tard dans la vie. Dans La technique de jeu psychanalytique (1955, p. 25), Klein établit que :

« … mon travail avec les enfants et les adultes et que mes contributions à la théorie psychanalytique dans son ensemble proviennent en dernier ressort de la technique de jeu élaborée avec les jeunes enfants. Je ne veux pas dire par là que mon travail ultérieur a été une application directe de la technique du jeu, mais l’insight que j’ai acquis dans le développement précoce, dans les processus inconscients et dans la nature des interprétations par lesquelles l’inconscient peut être approché a été d’une influence de grande portée sur le travail que j’ai fait avec les enfants plus âgés et avec les adultes. »

Formation à la psychanalyse d’enfants

Le centre Tavistock
Le centre Tavistock

Au cours des années, de nombreux psychanalystes de l’Institut de psychanalyse (The Institute of Psychoanalysis à Londres) se sont également formés à la psychanalyse d’enfants et, dans les années 1950, environ la moitié des membres étaient également psychanalystes d’enfants – majorité s’était formée à la technique de Melanie Klein. C’est une façon de constater combien l’analyse d’enfant était perçue comme étant véritablement à la pointe à cette époque. Maintenant, ces résultats de l’analyse d’enfants ont été transférés dans le champ de la psychanalyse d’adultes. Il y a moins d’analystes d’enfants, bien que leur nombre soit conséquent. La formation à l’Institut de psychanalyse s’est maintenue et a même récemment suscité un regain d’intérêt.

À la fin des années 1940, Esther Bick, avec le soutien de John Bowlby, a créé la formation en psychothérapie pour enfants à la clinique Tavistock. Bick voulait voir si le travail analytique avec les enfants pouvait être proposé au nouveau service national de santé britannique. Elle a convaincu Melanie Klein qu’il était possible de mener une authentique thérapie psychanalytique avec des enfants en les voyant moins de cinq fois par semaine. Convaincue, Melanie Klein a donné son accord et c’est ainsi que la première formation se référant à sa technique a pu commencer. La formation a été menée, à différentes époques, par d’autres analystes et psychothérapeutes d’enfants reconnus au niveau international tels que Martha Harris, Donald Meltzer, Gianna Williams, Anne Alvarez et Margaret Rustin pour n’en nommer que quelques-uns. Cette formation s’est maintenue depuis et représente de nos jours la formation la plus importante en psychothérapie d’enfants au Royaume-Uni.

Plus tard, le souhait de diffusion du travail analytique avec les enfants au-delà de Londres conduisit d’abord à Edimbourg avec la formation dispensée à l’Institut écossais des relations humaines, et plus récemment à la Northern School de psychothérapie pour enfants et adolescents, et au Birmingham Trust pour la psychothérapie psychanalytique. Il existe également de nombreuses formations se référant à la technique de Melanie Klein dans les instituts psychanalytiques et les organismes de psychothérapie pour enfants du monde entier.

Robin Anderson

Articles essentiels

Liste des articles essentiels avec l’aimable autorisation du Nouveau Dictionnaire de la Pensée Kleinienne (The New Dictionary of Kleinian Thought non disponible en français) par Elizabeth Bott Spillius, Jane Milton, Penelope Garvey, Cyril Couve et Deborah Steiner.

1921 Klein, M. « Le développement d’un enfant » in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 29. [‘The development of a child‘]
Les caractéristiques du travail de Klein sont déjà apparentes dans son acceptation de la parole, du jeu, des actions et des rêves comme expressions de l’esprit inconscient de l’enfant.

1923a Klein, M. « Le rôle de l’école dans le développement libidinal de l’enfant », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 90. [‘The role of the school in the libidinal development of the child‘]
Klein observe les effets inhibiteurs des fantasmes agressifs. L’utilisation d’une technique de jeu donne plus de matériel pour l’analyse [Felix âgé de 13 ans ; Fritz 5 ans ; Grete 9 ans].

1923b Klein, M. « L’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 110. [‘Early analysis‘]
Klein présente des problèmes tels que l’angoisse, les inhibitions, les symptômes et la formation de symboles. Elle présente ses idées sur le complexe d’Œdipe précoce et la résolution des angoisses œdipiennes comme étant un facteur de développement [Felix, Fritz, Grete].

1925 Klein, M. « Contribution à l’étude de la psychogénèse des tics », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 142. [‘A contribution to the psychogenesis of tics‘]
Le tic tire son origine des angoisses masturbatoires impliquant l’identification avec les parents combinés lors des rapports sexuels, comme un facteur central dans la formation du surmoi.

1926 Klein, M. « Les principes psychologiques de l’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 166. [‘The psychological principles of early analysis’]
Le sadisme précoce, sa relation avec les premiers stades du complexe d’Œdipe et la formation du surmoi [Trude 3¼ ans ; Rita 2½ ans ; Ruth 4¼ ans].

1927a Klein, M. « Les tendances criminelles chez les enfants normaux », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 211. [‘Criminal tendencies in normal children‘]
Un surmoi cruel fonctionne différemment de la conscience plus normale. Intérêt croissant pour le conflit entre l’amour et la haine [Gerald 4 ans ; Peter 3¾ ans et un garçon de 12 ans non nommé].

1927b Klein, M. « Colloque sur l’analyse des enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 178. [‘Symposium on child analysis‘]
Klein soutient la nécessité d’interpréter dès le début le transfert positif et le transfert négatif.

1928 Klein, M. « Les stades précoces du conflit œdipien », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 229. [‘Early stages of the Oedipus complex‘]
La survenue précoce du complexe d’Œdipe à ce stade est liée au sevrage, lorsque prédominent les pulsions sadiques orales et anales. Sont mises en évidence la douleur, la haine et l’angoisse engendrées par ces pulsions.

1929a Klein, M. « La personnification dans le jeu des enfants », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 242. [‘Personification in the play of children‘]
Les jeux des enfants tirent leur origine dans des images internes, et les processus de clivage et de projection impliqués dans le jeu servent de défenses contre l’angoisse. Ces processus impliquent le transfert de figures internes sur l’analyste [Erna 6 ans ; George 6 ans ; Rita 2½ ans].

1930 Klein, M. « L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 263. [‘The importance of symbol formation in the development of the ego‘] Klein clarifie les causes sous-jacentes de la psychose infantile.
Elle montre que le contact peut être établi avec un enfant psychotique qui n’a pas développé de capacité de symbolisation et qui n’a montré aucune émotion quelle qu’elle soit [Dick 4 ans].

1931 Klein, M. « Contribution à la théorie de l’inhibition intellectuelle », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 283. [‘A contribution to the theory of intellectual inhibition‘]
Poursuite de l’exploration des angoisses infantiles concernant les attaques sadiques sur le corps de la mère, en tant que source de vie et de connaissance, et de l’inhibition conséquente de la curiosité et des apprentissages [John 7 ans].

1932 Klein, M. « La technique de l’analyse des jeunes enfants », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘The technique of early analysis‘]
Klein décrit sa technique du jeu [Peter 3¼ ans ; Rita 2½ ans ; Trude 3¼ ans ; Ruth 4¼ ans].

1932 Klein M. « Une névrose obsessionnelle chez une fillette de six ans », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘An obsessional neurosis in a six year old girl‘]
Erna était une enfant très perturbée qui souffrait d’insomnie, de symptômes obsessionnels et d’une inhibition sévère des apprentissages [Erna].

1932 Klein, M. « La technique de l’analyse des enfants au cours de la période de latence », in Klein, M. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 2013. [‘The technique of analysis in the latency period‘]
Variations de la technique de Klein avec différents enfants, par exemple l’utilisation du divan et des jouets [Grete 9 ans ; Inge 7 ans ; Kenneth 9½ ans ; Werner ; Egon 9½ ans].

1945 Klein, M. « Le complexe d’Œdipe éclairé par les angoisses précoces », in Klein, M. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2005, p. 370. [‘The Oedipus complex in the light of early anxieties‘]
Développement et modification de son élaboration antérieure sur le complexe d’Œdipe [Richard 10 ans ; Rita 2½ ans].

1955 Klein, M. « La technique de jeu psychanalytique : son histoire et sa portée », in Klein, M. Le transfert et autres écrits, Paris, PUF, 2007, p. 25. [‘The psychoanalytic play technique, its history and significance‘]
Un exposé de la découverte particulière que chaque cas d’enfant lui a permis de faire.

1961 Klein, M. Psychanalyse d’un enfant, Paris, Tchou, 1973 [Narrative of a Child Analysis].
Ce compte rendu détaillé de l’analyse de Richard, âgé de 10 ans, par Klein correspond au volume 4 des Écrits de Melanie Klein dans leur édition anglaise.